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Synthèse de retours spontanés · 25 juin 2026

La PCO, ce qui remonte du terrain.

Ce que des professionnels de santé libéraux disent spontanément de la Plateforme de Coordination et d'Orientation. Synthèse de témoignages recueillis sur les réseaux sociaux.

Ce document est né d'un besoin collectif : celui de questionner notre façon d'exercer. Il rassemble des remarques et des besoins, tous exprimés spontanément, recueillis sur les réseaux sociaux à la suite d'une publication. Il ne relève pas d'un travail de recherche, mais d'un travail de traitement et de mise en forme de ces témoignages.

+235COMMENTAIRES PUBLICS RECUEILLIS (AU 25 JUIN 2026)
4CANAUX : INSTAGRAM, PAGE ET GROUPE FACEBOOK, MESSAGES PRIVÉS
1CONSTAT QUI REVIENT SANS EXCEPTION : DES TARIFS TROP BAS

Résumé.

En juin 2026, une publication sur les réseaux sociaux professionnels a déclenché, en quelques jours, plus de 235 commentaires spontanés de professionnels de santé libéraux au sujet de la Plateforme de Coordination et d'Orientation (PCO). Cette synthèse en restitue les constats récurrents. Un grief domine, partagé par les conventionnés comme par les non-conventionnés : une rémunération jugée trop basse au regard du travail réel (140 € le bilan, 38,86 € la séance, contre des honoraires libres de l'ordre de 45 à 60 €). S'y ajoutent une charge administrative non rémunérée, une coordination souvent absente sur le terrain, des ruptures de parcours à la fin du financement, et une représentation professionnelle encore peu structurée. Pour rester viables, beaucoup de professionnels limitent le nombre de prises en charge, ce qui restreint paradoxalement l'accès aux soins que le dispositif entend favoriser. Ces retours prennent un relief particulier alors que deux dispositifs récents, la loi du 2 juin 2026 ouvrant le remboursement des mineurs en affection de longue durée et les parcours de rééducation et de réadaptation (PRR) attendus pour 2027, étendent le même modèle de conventionnement à tarif administré. Le risque, largement exprimé, est qu'ils en reproduisent les limites.

Sommaire.

  1. 01Ce qui remonte du terrain
  2. 02Comment ces témoignages ont été recueillis
  3. 03Le contexte : la PCO, un dispositif sous tension
  4. 04Cinq constats qui reviennent
  5. 05Ce que les professionnels attendent
  6. 06Un système perçu comme à bout de souffle
  7. 07Ce que les professionnels anticipent des nouveaux dispositifs
  8. 08Ce qu'il faut retenir
  9. 09Sources

Ce qui remonte du terrain.

Cette synthèse rassemble ce que des professionnels de santé libéraux expriment spontanément, sans sollicitation, au sujet de la Plateforme de Coordination et d'Orientation (PCO). Le 16 juin 2026, une simple publication a suffi à déclencher des centaines de réactions en quelques jours. Le présent document n'a pas valeur d'enquête statistique : il restitue fidèlement la teneur et la récurrence de ces témoignages.

Cette version intègre une seconde série de retours recueillie jusqu'au 25 juin 2026, ainsi que le contexte législatif immédiat : la loi du 2 juin 2026 ouvrant le remboursement de l'ergothérapie et de la psychomotricité pour les mineurs en affection de longue durée, et la création des parcours de rééducation et de réadaptation (PRR), dont les premières prises en charge débuteront au plus tard le 1er janvier 2027. Ces deux dispositifs reposent sur le même principe de conventionnement à tarif administré que la PCO : ces retours d'expérience sont donc directement utiles à qui voudra s'en saisir.

Comment ces témoignages ont été recueillis.

L'origine est une publication diffusée le 16 juin 2026 sur des comptes professionnels. La participation a été libre et non sollicitée, ce qui écarte tout biais de recrutement. Les volumes ci-dessous sont relevés au 25 juin 2026.

CanalCommentairesRéactionsPartages
Instagram, publication106269·
Facebook, page professionnelle (reprise)88n.r.n.r.
Facebook, groupe Ergos Libéraux41433
Messages privés Instagram≥ 15··
Total≥ 235≥ 312≥ 3

n.r. : non relevé à ce jour. Les totaux de réactions et de partages sont donc des minima.

Les intervenants sont en majorité des ergothérapeutes, mais le débat a rapidement débordé la profession : psychomotriciens, orthophonistes, kinésithérapeutes, neuropsychologues et psychologues de l'Éducation nationale y ont pris part, de même que des parents d'enfants concernés et des représentants syndicaux. Cette diversité, et la vitesse à laquelle les témoignages se sont accumulés, constituent en elles-mêmes un signal.

Note sur les verbatims. Les citations sont issues des contributions publiques et privées recueillies en juin 2026. Elles sont reproduites fidèlement et attribuées par profession, sans nom, par respect des intervenants. Elles illustrent des constats partagés par de nombreux autres participants.

Le contexte : la PCO, un dispositif sous tension.

La Plateforme de Coordination et d'Orientation (PCO) a été créée pour faciliter l'accès aux soins des enfants présentant des Troubles du Neurodéveloppement (TND). Elle repose sur le forfait d'intervention précoce, qui finance des actes habituellement non pris en charge par l'Assurance Maladie en secteur libéral, ce qui est précisément le cas de l'ergothérapie et de la psychomotricité.1,2

Le forfait d'intervention précoce constitue une enveloppe globale plafonnée à 1 500,10 € par enfant pour les ergothérapeutes et psychomotriciens. Il couvre un bilan et un minimum de 35 séances de 45 minutes, à réaliser sur une période portée de 12 à 24 mois, pour les enfants de moins de 12 ans.1,2 Dans la pratique, cette enveloppe se décline en un bilan d'environ 140 € et des séances de rééducation d'environ 38,86 € (35 séances à 38,86 € plus 140 € de bilan correspondent au plafond de 1 500,10 €).

Ces montants sont sensiblement inférieurs aux honoraires libres pratiqués hors dispositif. Ces honoraires, variables selon les régions et difficiles à objectiver faute de nomenclature opposable, se situeraient plutôt, selon les témoignages, autour de 45 à 60 € la séance, le bilan complet étant facturé nettement davantage. Le différentiel est, dans tous les cas, supporté par le professionnel.

Cinq constats qui reviennent.

Constat 1. Une sous-rémunération vécue comme institutionnalisée.

C'est le grief unanime, exprimé aussi bien par les conventionnés que par les non-conventionnés. Le tarif PCO est présenté comme viable parce qu'il est accepté. Or les professionnels témoignent que cette acceptation relève moins d'un consentement éclairé que d'une contrainte. Les raisons de signer malgré des tarifs insuffisants reviennent souvent :

« Tant qu'on signe, on confirme aux financeurs que leur modèle fonctionne. Alors il ne bouge pas. »

Ce mécanisme du serpent qui se mord la queue est décrit par les professionnels eux-mêmes : plus l'on accepte d'ajuster et de compenser à perte, plus le dispositif est perçu comme fonctionnel, et plus il s'étend. Fait notable, le constat de sous-rémunération ne vient pas seulement des libéraux, il remonte aussi de l'intérieur du dispositif.

« Ayant eu une soirée avec la PCO 7-12 de ma région, une des coordinatrices remonte tous les ans, voire plusieurs fois, que les tarifs sont trop bas. Et toutes les PCO le font a priori. »Une ergothérapeute (échange privé)

La contrainte est vécue comme un compromis moral par celles qui finissent par signer :

« Conventionner, c'est cautionner de ne pas être rémunéré à hauteur du travail fourni. J'ai longtemps refusé. Je n'ai pas su dire non à une famille, et j'ai fini par signer pour suivre l'enfant. »Une ergothérapeute

La comparaison avec d'autres bilans revient pour souligner le décrochage :

« 140 € un bilan, c'est abusé, surtout quand on sait que des bilans neuropsychologiques se situent souvent entre 250 et 300 €. »Une ergothérapeute

Le différentiel conduit des professionnels formés à renoncer au conventionnement :

« Avec mes formations, la PCO n'ajuste pas les tarifs. J'ai tenté cette année, mais en septembre c'est fini : hors de question d'être rémunérée 38,86 € pour des séances que je facture 60 €. »Une professionnelle libérale

Pour situer l'ordre de grandeur. Un bilan ergothérapique complet (entretien familial, évaluation multi-sphères, rédaction du compte rendu, coordination et transmission) représente, d'après les témoignages, entre 3 et 5 heures de travail réel. À 140 €, le taux horaire effectif avant charges se situe entre 28 € et 46 €, charges (URSSAF, assurance, local, matériel, formation) non déduites.

Constat 2. Une charge administrative non rémunérée et croissante.

Les témoignages identifient une charge de travail invisible et rarement compensée :

Un témoignage illustre le problème : une orthophoniste rapporte avoir été contactée sur son numéro personnel, alors qu'elle était elle-même en arrêt maladie, pour transmettre un compte rendu en urgence avant une synthèse, la coordinatrice PCO étant également absente. Cet incident révèle une asymétrie : les professionnels libéraux absorbent les dysfonctionnements organisationnels de structures qui, elles, disposent de salariés protégés.

Constat 3. Une coordination souvent inexistante dans les faits.

Le dispositif PCO repose sur un principe de coordination pluriprofessionnelle. Sur le terrain, ce principe est fréquemment mis en défaut, d'après les retours :

Cette absence de coordination place les professionnels libéraux dans une position paradoxale : ils assurent de fait la coordination sans en avoir la mission officielle, ni la rémunération, ni les moyens.

Constat 4. Un engagement familial qui se dégrade après la PCO.

Plusieurs professionnels décrivent un phénomène à la fin du financement : des familles ayant bénéficié de deux ans de suivi et d'un accord MDPH (AEEH) ne poursuivent pas l'accompagnement lorsque la charge financière leur revient. Les comportements rapportés incluent absentéisme, annulations, retards de paiement, demandes de réduction de fréquence. Or ces familles sont souvent celles dont les enfants présentent les profils les plus complexes :

« Là, j'ai reçu deux familles PCO, des gens qui n'ont pas les moyens, avec des enfants de 9 et 10 ans dont l'autonomie, rien qu'à la maison, fait peur. »Une ergothérapeute (échange privé)

Ce phénomène génère un sentiment de travail inabouti et interroge le sens du soin dans un cadre qui n'assure pas la continuité.

Constat 5. Une représentation professionnelle qui peine à se structurer.

Les échanges révèlent une tension entre la mobilisation de terrain et l'organisation syndicale. Le Synfel Ergolib, présent dans les commentaires, indique participer à des groupes ministériels mais peine à recruter des adhérents :

« Le Synfel a partagé les groupes ministériels de la DITND. Avez-vous postulé pour porter ces revendications ? Plus nous avons d'adhérents, plus nous avons de poids dans les échanges avec les groupes ministériels. »Représentant syndical, Synfel Ergolib

Il existe une énergie de mobilisation réelle qui n'est pas, à ce jour, convertie en force de représentation institutionnelle.

Un constat transversal. Le rationnement de l'offre comme stratégie de survie.

Un mécanisme revient avec insistance : pour rester économiquement viables, les professionnels conventionnés ne réduisent pas leurs tarifs (ils ne le peuvent pas), mais limitent volontairement le volume de patients PCO qu'ils acceptent.

« Pour trouver un compromis entre mon envie de participer à l'accès aux soins et ma propre pérennité, je plafonne le nombre d'accompagnements. »Une ergothérapeute

D'autres réorganisent la structure du bilan (entretien familial, recours à la Mesure Canadienne du Rendement Occupationnel, étalement de l'évaluation) pour absorber la sous-rémunération. Ces adaptations, rationnelles à l'échelle individuelle, produisent un effet collectif paradoxal : moins de places disponibles pour les familles. Le tarif administré ne pèse pas seulement sur les revenus des soignants, il restreint l'offre de soins qu'il prétend développer.

Ce que les professionnels attendent.

Sans prétendre parler au nom de toute la profession, les témoignages convergent vers plusieurs attentes.

Une revalorisation tarifaire réelle et indexée.

Les professionnels ne demandent pas à s'enrichir, mais une rémunération à la hauteur de leur expertise et de leur temps de travail réel, charges comprises. Un niveau jugé viable se situerait, selon les témoignages, autour de 55 à 70 € la séance et nettement au-dessus de 140 € pour un bilan complet.

La rémunération du travail indirect.

RCP, comptes rendus, coordination, déplacements, préparation : ce travail invisible gagnerait à être reconnu et compensé. Certaines PCO l'ont déjà prévu contractuellement, ce qui montre que c'est possible.

Une coordination réellement dotée de moyens humains.

La coordination ne peut reposer sur le bénévolat déguisé des libéraux. Les PCO ont besoin de coordinateurs formés et disponibles, en nombre suffisant.

Un cadre national plus harmonisé.

Les disparités régionales créent des inégalités entre professionnels et entre familles. Des règles communes (délais de paiement, formats de compte rendu, RCP, déplacements) protégeraient les uns et les autres.

Une continuité après la PCO.

L'arrêt brutal du financement, conjugué à des AEEH insuffisants, crée des ruptures de parcours. Des mécanismes de transition éviteraient que deux ans de travail ne s'effondrent faute de relais.

Une reconnaissance de l'ergothérapie.

Ce souhait traverse tous les retours. L'ergothérapie n'est pas remboursée en secteur libéral, contrairement à des professions comparables.3 Plusieurs intervenants redoutent qu'un conventionnement par la Sécurité sociale reproduise les erreurs de la PCO, crainte d'autant plus concrète qu'il est désormais voté (voir ci-après).

Un système perçu comme à bout de souffle.

Plusieurs signaux convergents reviennent dans les retours :

Un témoignage résume la nasse dans laquelle se trouvent ceux qui voudraient se retirer du dispositif :

« J'ai très envie de me déconventionner, mais j'ai toujours un ou deux patients dans la boucle, donc difficile d'arrêter en milieu de suivi. »Une psychomotricienne

Ce que les professionnels anticipent des nouveaux dispositifs.

Ces retours interviennent à un moment particulier : deux dispositifs nouveaux, qui étendent le principe du conventionnement à tarif administré, entrent en vigueur. Les professionnels en ont conscience et redoutent qu'ils ne reproduisent les limites de la PCO.

La loi du 2 juin 2026 : le remboursement des mineurs en ALD.

La loi du 2 juin 2026 visant à améliorer la protection et l'accompagnement des parents d'enfants atteints d'un cancer, d'une maladie grave ou d'un handicap prévoit que, pour les mineurs en affection de longue durée (ALD), les séances réalisées en ville par un ergothérapeute, un psychomotricien ou un diététicien seront prises en charge par l'Assurance Maladie obligatoire, sous deux conditions : un protocole de soins, et une convention signée avec l'organisme local d'assurance maladie.4,5 Les modalités, et notamment les tarifs, seront précisées par décret en Conseil d'État.

Cette avancée, réelle pour les familles, inquiète professionnels et usagers : si les tarifs sont calibrés au niveau de la PCO, sans dépassement possible, peu de professionnels signeront. Un parent l'exprime sans détour :

« On galère déjà tellement à trouver des professionnels. S'il s'agit de rembourser les séances à 20 €, sans droit au dépassement, on va encore plus galérer après. »Un parent d'enfant concerné

Une professionnelle pointe le risque systémique :

« Le remboursement des séances va s'étendre, et ce sont ces tarifs-là qui vont être proposés. J'appréhende la suite : nous allons suivre de plus en plus de patients conventionnés, donc de moins en moins à nos tarifs. C'est le problème des professions conventionnées, et cela risque de faire baisser la qualité de nos prestations. »Une ergothérapeute

Les parcours de rééducation et réadaptation (PRR) dès 2027.

Dans le cadre du service de repérage, de diagnostic et d'intervention précoce, un parcours de rééducation et réadaptation (PRR) financé par l'Assurance Maladie est créé pour les enfants et jeunes de moins de 20 ans présentant un polyhandicap ou une paralysie cérébrale. Un forfait finance l'intervention coordonnée des professionnels libéraux concernés, dans la limite de 48 séances par an et par catégorie, renouvelable annuellement. Les premières prises en charge doivent débuter au plus tard le 1er janvier 2027.6,7

Là encore, le modèle est celui de la PCO : conventionnement volontaire, tarifs fixés par l'État, coordination portée par des structures désignées par les ARS. Les professionnels concernés accueillent l'annonce avec un mélange d'espoir et de défiance :

« On attend les faits après les annonces depuis 2020. Ce sont quasi les mêmes tarifs que la PCO. J'attends depuis longtemps la prise en charge de mes patients,